Formation de moniteur arboricole – Jour 2

Gravure-Versaille
Photo (C) Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Cette fois-ci, nous y sommes, après la journée de présentation, les cours démarrent officiellement. C’est au lycée agricole d’Obernai que l’aventure continue.

La première chose amusante est de retrouver, après quelques décennies, l’environnement des salles de classe avec ses chaises en bois, pupitres et surtout l’emblématique tableau. Alors, pour les adeptes des places à côté du chauffage, je tiens à vous prévenir, les chaises au confort un peu spartiate, ne permettent vraisemblablement plus de s’endormir aussi facilement que jadis. De même, le tableau vert et les grincements de craie qui nous tenaient éveillés sont remplacés par un tableau blanc immaculé et un vidéoprojecteur.

De mon côté, j’évite le premier rang, il parait que ça fait lèche botte, de même que le chauffage pour les raisons précitées et, bien entendu, le fond de la classe, histoire de ne pas être catalogué d’emblée, le premier jour. Bref, masque sur le visage, cahier et stylo en main, on démarre le cours. Ah non… en fait, pas tout de suite, quelques retardataires ne trouvent pas la salle. On les voit arriver, nous sommes prêts et tout ouïe. Et là, ils s’excusent simplement du retard. Quelle tristesse ! En fait, on s’attendait à un peu de créativité. Exemple : « une martre a grignoté les câbles de ma voiture et j’ai dû négocier durement plusieurs repas dominicaux avec ma belle-mère, pour emprunter sa voiture ». Bon, on démarre le cours ? Holà, pas si vite l’ami, nous devons encore satisfaire aux exigences gouvernementales et présenter nos pass sanitaires. Heureusement, tout le monde est en règle, même les retardataires qui avec de l’imagination auraient pu utiliser l’excuse d’un RDV vaccination, le matin même. Pas facile, la vie d’étudiant en 2021.

Maintenant, ça y est, Franck Peressini démarre le cours d’arboriculture générale, plutôt le I-cours, avec tablette connectée et présentation projetée au tableau. Même le fond vert est présent, vraisemblablement pour les effets spéciaux. Il n’y a pas à dire, ça change des cours du 20ᵉ siècle ! Toute cette modernité est d’ailleurs particulièrement appropriée, car c’est, ni plus ni moins, qu’un voyage dans le temps qui nous est proposé. On remonte jusqu’au néolithique avec les débuts de l’agriculture et on apprend que les pommiers et les poiriers sont les premiers à être cultivés en Europe. Ces arbres étant originaires d’Asie, ils auraient probablement été apportés à l’occasion d’échanges commerciaux. Au Moyen Âge, ce sacré Charlemagne, à défaut d’avoir déjà inventé l’école, a en plus rédigé un capitulaire (à vos dicos 🙂 ) précisant la liste des arbres fruitiers à avoir dans un jardin impérial digne de ce nom. Ensuite, c’est réellement au 17ᵉ siècle que l’arboriculture va connaître son plus bel essor avec le potager du roi. Toutefois attention, ce n’est pas de n’importe quel potager ni d’un roi lambda dont il est question ici, mais de rien de moins que de Versailles, de Louis XIV et du potager de De la Quintinie. C’est du grandiose, que dis-je, du solaire, dont le rayonnement portera jusqu’aux demeures bourgeoises du 19e siècle. C’est la grande époque des cultures en espalier (adossées à un mur), puis en contre-espalier (sur des structures en fer) et des arbres aux formes savantes répondant, entre autres, aux noms de palmette, trident ou encore croisillon. Pour l’anecdote, les cultures fruitières en espalier de Montreuil (principalement des pêchers), dont les murs ont aujourd’hui pratiquement disparu, s’étiraient à cette époque sur presque 600km.

On a plus perdu, quand on a perdu sa passion que quand on s’est perdu dans sa passion.” (Sören Kierkegaard)

Le deuxième cours de la matinée, d’arboriculture spécialisée, est animé par Hervé Bentz. Il s’articule autour de questions techniques et du partage des 30 années d’expériences arboricoles d’Hervé. Ordinateur et vidéoprojecteur sont en place, le cours démarre autour de la thématique suivante « avoir un verger familial, est-ce simple ? ». L’idée est ici, pour celui qui souhaite reprendre ou planter un verger, de se poser les bonnes questions en amont. Effectivement, quand on démarre, il est tentant de se dire qu’il suffit de planter des arbres et de récolter les fruits. Toutefois, pour éviter que le rêve ne se transforme en cauchemar, il est intéressant de rappeler que la réalité est souvent différente de l’idée première. Un verger subira forcément différents aléas.

Si le gel printanier, les épisodes de grêles ou de sécheresse, le fait d’attendre des années pour récolter les premiers fruits sont évidents, il y a d’autres problèmes auxquels on ne pense pas forcément. Par exemple, les campagnols qui se délectent des racines. Il faut donc s’habituer, certaines années, au fait de retrouver un arbre desséché brutalement, avec sa partie souterraine taillée comme un crayon. Autre déconvenue, les fruits qui servent de logis à de nombreux insectes et autres larves plus ou moins appétissantes. Même s’il est relativement simple de replanter un arbre ou de partager les fruits avec les insectes en jouant du couteau de poche, ce n’est pas tout. Il existe encore un autre fléau absolument désespérant pour l’arboriculteur amateur. Ce dernier est d’origine humaine, il s’agit du vol des fruits. Pour en avoir fait l’expérience quelques fois, c’est toujours le même goût amer dans la bouche et cette envie de tout laisser tomber. On s’occupe de son verger toute l’année, on y passe des heures voir des jours, on taille les arbres, on tond pour faciliter la récolte et au moment de venir récolter, plus rien, on retrouve ses arbres totalement vidés de leurs fruits ! Les mines anti-personnels n’étant pas encore autorisées dans le milieu arboricole (tout du moins en bio), cette dernière problématique est probablement celle qui sape le plus moral, par son côté brutal et quasi impossible à solutionner.

En résumé et en guise de conclusion, avoir un verger est une expérience absolument fascinante, mais comme pour tout, il y a un revers à la médaille. Ainsi, la motivation première doit vraiment rester la passion, car c’est probablement la seule manière de surmonter les différentes déconvenues qui se présenteront indubitablement.

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